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L'Astrologie expliquée Aspects, signes, maisons et textes

Textes et auteurs

Abû Ma’shar et la transmission arabe

Bagdad traduit les Grecs, les commente et les augmente. Abû Ma'shar, devenu Albumasar en latin, fixe des notions que l'Occident reprendra telles quelles.

septembre 28, 2026

Volvelle coloriée d'un traité d'astronomie du XVIe siècle

Image : Petrus Apianus, Astronomicum Caesareum (1540), CC0

Entre Ptolémée et les traités latins du Moyen Âge, il y a quatre siècles de travail en arabe. C’est à Bagdad que les textes grecs sont traduits, discutés, complétés — et c’est dans cet état augmenté que l’Occident les recevra.

L’homme de Balkh

Abû Ma’shar al-Balkhî, né en 787 dans l’actuel Afghanistan, mort en 886, travaille à Bagdad. Le latin fera de son nom Albumasar, forme sous laquelle il sera cité pendant six siècles. Deux de ses ouvrages comptent plus que les autres : une grande introduction à l’astrologie, qui expose la doctrine d’ensemble, et un livre des conjonctions, qui fonde l’astrologie des événements collectifs.

Les grandes conjonctions

C’est là son apport le plus repérable. Il systématise l’idée que les rencontres de Jupiter et de Saturne, qui reviennent tous les vingt ans environ, se déplacent de triplicité en triplicité, et qu’un cycle complet encadre les changements de dynastie et de religion. Le schéma est repris jusqu’à Kepler, qui le discute encore, et la formule « grande conjonction » lui doit son succès.

Il n’était pas seul

Trois autres noms reviennent dans les mêmes bibliothèques :

  • Māshā’allāh, de la génération précédente, dont les traités passent très tôt en latin ;
  • Sahl ibn Bishr, dont les règles de jugement sont reprises mot pour mot par les auteurs médiévaux ;
  • al-Bīrūnī, qui rédige vers 1029 un manuel d’enseignement d’une clarté restée exceptionnelle.

Le passage en latin

Au XIIe siècle, en Espagne et en Italie du Sud, des traducteurs mettent ces ouvrages en latin. La grande introduction d’Abû Ma’shar est traduite deux fois à sept ans d’écart, par deux hommes différents, avec des choix de vocabulaire distincts. Un même terme arabe se retrouve donc sous deux mots latins, et la confusion s’est transmise jusque dans les manuels modernes.

Ce que la langue a gardé

Le vocabulaire courant de l’astronomie et de l’astrologie porte encore la trace de ce passage : azimut, nadir, zénith, almanach, ainsi que la plupart des noms d’étoiles — Aldébaran, Altaïr, Bételgeuse. Quand un terme technique n’a pas d’étymologie grecque ni latine évidente, l’arabe est la première piste à suivre.

Lire ces textes aujourd’hui

Les éditions bilingues existent pour les principaux traités, et ce sont les seules qui permettent de vérifier un terme. Les versions françaises faites d’après le latin médiéval cumulent deux couches de traduction, et je n’irai pas affirmer que le sens y survit toujours.

Pourquoi les auteurs arabes sont-ils cités sous des noms latins ?

Parce que les traducteurs du XIIe siècle transcrivaient les noms à l’oreille, souvent à partir d’une forme déjà déformée. Albumasar, Alkindus, Messahala, Zahel : ce sont les mêmes hommes que Abû Ma’shar, al-Kindî, Māshā’allāh et Sahl ibn Bishr.

Qu’est-ce qu’une triplicité ?

Un groupe de trois signes distants de cent vingt degrés, auquel la tradition associe un élément. Dans la théorie des conjonctions, c’est l’unité de compte : on observe dans quelle triplicité tombent les rencontres de Jupiter et de Saturne, et le passage d’une triplicité à la suivante marque le changement de période.

Ces traités parlent-ils d’astronomie ou d’astrologie ?

Des deux, sans séparation nette : les mêmes auteurs calculent des positions et en tirent des jugements. La distinction que nous faisons entre les deux disciplines se met en place bien plus tard.