Firmicus Maternus et la Mathesis
Le plus long traité d'astrologie en latin qui nous soit parvenu, écrit au IVe siècle par un homme qui attaquera ensuite les cultes païens.
octobre 2, 2026
Après Ptolémée, le texte qui a le plus compté en Occident n’est pas grec mais latin : les huit livres de la Mathesis, composés en Sicile au IVe siècle par Julius Firmicus Maternus. C’est le plus long traité d’astrologie antique conservé dans cette langue.
Un auteur en deux temps
Le même homme a écrit, quelques années plus tard, un pamphlet contre les cultes païens, De errore profanarum religionum, adressé aux empereurs. L’identité des deux Firmicus a été discutée, puis admise. On a donc un auteur qui expose longuement une doctrine, puis en combat une autre avec véhémence — ce qui a beaucoup occupé ses commentateurs.
Ce que le traité contient
Le livre I est une défense de la discipline, dans la ligne de Ptolémée. Les suivants sont pratiques : les signes, les lieux, les configurations, puis des centaines de combinaisons avec leur interprétation, formulées de façon très directe — « si telle planète est ici, alors cela ».
Trois notions y sont développées comme nulle part ailleurs en latin :
- les antiscies, points symétriques par rapport à l’axe des solstices, qui servent à rapprocher deux degrés sans qu’il y ait d’aspect entre eux ;
- les dodécatémories, subdivisions de chaque signe en douze parts de deux degrés et demi ;
- le thème du monde, carte théorique où chaque planète occupe son domicile, qui sert à justifier l’ordre des maîtrises.
Pourquoi il a tant servi
Pour une raison matérielle : il était en latin. Entre la fin de l’Antiquité et les traductions de l’arabe au XIIe siècle, l’Occident n’avait presque rien d’autre à lire. La Mathesis a donc été copiée, abrégée, pillée, et c’est par elle que des formules d’origine grecque sont entrées dans le vocabulaire latin médiéval.
Son style
Le ton est emphatique, les phrases longues, les avertissements nombreux : Firmicus recommande à l’astrologue d’être irréprochable, de ne pas répondre sur la mort de l’empereur, de se garder des questions pièges. Ces pages-là en disent long sur les conditions d’exercice du métier à son époque, et elles se lisent indépendamment du reste.
Les éditions
Le texte est imprimé dès la fin du XVe siècle à Venise. Les éditions critiques modernes remontent au début du XXe, et les traductions françaises intégrales sont rares : beaucoup de lecteurs passent par l’anglais. Mon avis de lecteur sur ce point précis : une traduction partielle qui indique les livres omis vaut mieux qu’une intégrale muette sur son état du texte.
Qu’est-ce qu’une antiscie, concrètement ?
C’est le degré symétrique d’un autre par rapport à l’axe solstitial : deux points qui reçoivent la même durée de jour. Firmicus leur attribue un effet comparable à celui d’un aspect, ce qui en fait un outil de rapprochement supplémentaire, sans angle entre les deux degrés.
La Mathesis donne-t-elle des méthodes de calcul ?
Très peu. Elle suppose les positions connues et porte sur l’interprétation. Pour le calcul, les praticiens de l’époque disposaient de tables séparées, dont certaines nous sont parvenues sur papyrus.
Firmicus a-t-il renié son traité ?
Aucun texte de lui ne le dit. Son pamphlet chrétien vise les cultes à mystères, pas l’astrologie, et ne mentionne pas la Mathesis. Les lectures qui y voient une rétractation l’ajoutent au dossier.
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