La Tétrabible de Ptolémée
Quatre livres écrits à Alexandrie au IIe siècle : ce que contient la Tétrabible, comment elle nous est parvenue et ce qu'elle a fixé du vocabulaire.
octobre 6, 2026
Presque tout le vocabulaire français de l’astrologie remonte à un seul livre, écrit en grec à Alexandrie au IIe siècle. Son auteur l’avait intitulé Apotelesmatika, « les effets » ; la postérité l’appelle Tétrabible, d’après le nombre de ses livres.
L’auteur et son autre ouvrage
Claude Ptolémée est surtout connu pour l’Almageste, le traité d’astronomie qui a servi de référence pendant quatorze siècles. Les deux livres sont du même homme et se complètent : l’un explique comment calculer les positions, l’autre ce qu’on en fait. Cette filiation explique le ton du second, qui argumente et classe plutôt qu’il ne prescrit.
Ce qu’il y a dans les quatre livres
- Livre I — les principes : les qualités attribuées aux planètes, les dignités, les configurations, et une défense de la discipline contre ses critiques.
- Livre II — ce qu’on appellera l’astrologie mondiale : les climats, les peuples, les éclipses, le temps qu’il fait.
- Livre III — la naissance : la conception, le corps, les parents, les frères et sœurs.
- Livre IV — la suite de la vie : la fortune, le métier, le mariage, les enfants, la fin.
Ce qu’on n’y trouve pas
Deux absences surprennent un lecteur d’aujourd’hui. Il n’y a pas de table d’orbes en degrés : le raisonnement se fait de signe à signe, et les orbes chiffrés viendront des traités arabes puis latins. Et les douze maisons n’y ont pas la place qu’elles prendront plus tard ; Ptolémée raisonne surtout à partir de l’ascendant et de quelques lieux.
Le chemin du texte
Le grec passe en arabe au IXe siècle, à Bagdad, avec le reste de la bibliothèque hellénistique. C’est de l’arabe que la première version latine est faite au XIIe siècle, non du grec. Autrement dit, l’Occident latin a d’abord lu Ptolémée en traduction de traduction, et plusieurs flottements de vocabulaire datent de là. L’imprimerie s’en empare dès les années 1480, à Venise.
Le livre qu’on lui attribue à tort
Un recueil de cent sentences, le Centiloque, a longtemps circulé sous son nom, souvent relié au même volume. Les spécialistes l’écartent du corpus depuis le XIXe siècle, mais les citations qui en viennent se promènent encore, attribuées à Ptolémée, dans des ouvrages récents.
Comment la lire aujourd’hui
Il existe plusieurs traductions françaises, et elles ne rendent pas les termes techniques de la même façon. Celles qui gardent le mot grec entre parenthèses se vérifient ; celles qui le francisent obligent à deviner de quoi il s’agit. C’est la seule chose que je regarde avant d’ouvrir une édition.
Ptolémée croyait-il à ce qu’il écrivait ?
Le livre I contient une défense explicite de la discipline contre deux objections de son temps : qu’elle serait impossible, et qu’elle serait inutile. Il y répond en distinguant ce qui relève du calcul, qu’il tient pour sûr, de l’interprétation, qu’il présente comme conjecturale. C’est sa position telle qu’il l’écrit ; ce qu’il en pensait par ailleurs, aucun texte ne le dit.
Faut-il lire la Tétrabible avant les autres traités ?
Elle est la source de la plupart d’entre eux, donc elle les éclaire. Mais elle est dense et argumentative, et beaucoup de lecteurs la trouvent plus abordable après un traité latin ou anglais qui en reprend le plan.
Le texte grec est-il stable ?
Non, et c’est une difficulté réelle : les manuscrits divergent sur des passages entiers, et les éditions critiques modernes ne retiennent pas toujours les mêmes leçons. Une traduction qui ne dit pas sur quelle édition elle s’appuie laisse le lecteur sans moyen de vérifier.
D’autres pages d’ici Firmicus Maternus et la Mathesis · Kepler astrologue