Les aspects chez Ptolémée
Cinq figures, pas une de plus, justifiées par des fractions du cercle : l'état du vocabulaire des aspects au IIe siècle, avant tout ce qu'on y a ajouté.
octobre 14, 2026
Image : Andreas Cellarius, Planisphaerium Copernicanum, Domaine public
Le mot « aspect » traduit un terme grec qui veut dire « regard » : deux planètes qui forment un angle reconnu sont dites se voir. Au IIe siècle, la liste de ces angles est courte, et elle est justifiée.
Cinq figures
La Tétrabible n’en retient que cinq, et elle les déduit de fractions simples du cercle :
- l’opposition, cent quatre-vingts degrés, soit la moitié du cercle ;
- le trigone, cent vingt degrés, le tiers ;
- le carré, quatre-vingt-dix degrés, le quart ;
- le sextile, soixante degrés, le sixième ;
- la conjonction, qui n’est pas à proprement parler un angle mais une réunion.
Le cinquième et le septième du cercle ne figurent pas dans cette liste. Ce n’est pas un oubli : la justification retenue repose sur des rapports que la tradition grecque considère comme harmoniques, et ces divisions-là n’en sont pas.
Harmonieux et contrariants
Le partage entre figures favorables et défavorables ne vient pas de l’angle lui-même mais de la parenté des signes qu’il relie. Un trigone joint deux signes de même nature ; un sextile, deux signes de même genre ; un carré et une opposition joignent des signes qui ne partagent ni l’un ni l’autre. Le vocabulaire courant — aspect harmonique, aspect de tension — descend directement de cette observation.
De signe à signe, pas de degré à degré
C’est la différence la plus sensible avec l’usage moderne. Ptolémée raisonne par signes entiers : deux planètes placées dans des signes en trigone sont en trigone, quelle que soit leur distance exacte. La mesure en degrés, et donc la question de savoir à partir de quel écart l’aspect cesse, relève d’un stade ultérieur.
Quand les orbes apparaissent
Les tables qui attribuent à chaque planète une marge propre, exprimée en degrés, se mettent en place dans les traités arabes puis latins. Elles reposent sur l’idée que chaque astre porte un rayonnement d’une certaine étendue, et que deux planètes sont en aspect quand ces rayonnements se touchent. L’usage actuel, qui fixe une tolérance par aspect plutôt que par planète, est plus récent encore, et il varie d’une école à l’autre.
Ce que Kepler y ajoute
Quinze siècles plus tard, Kepler reprend le raisonnement par divisions du cercle et l’étend : si l’on admet la division par deux, trois, quatre et six, rien n’interdit la division par cinq. Il introduit ainsi le quintile et ses dérivés. Une partie des auteurs les ont adoptés, l’autre non, et le désaccord dure encore.
Pourquoi cette histoire compte
Parce qu’une page qui annonce « les aspects majeurs et mineurs » mélange au moins trois couches : la liste antique, les ajouts médiévaux, les ajouts du XVIIe siècle. Savoir laquelle est citée permet de comprendre pourquoi deux manuels ne donnent pas la même liste.
La conjonction est-elle un aspect ?
Dans le texte grec, elle est traitée à part : les planètes y sont dites « ensemble » plutôt qu’en figure. L’usage de la compter parmi les aspects est postérieur, et il est aujourd’hui universel.
Pourquoi le quinconce ne figure-t-il pas dans la liste antique ?
Cent cinquante degrés relient deux signes qui ne partagent ni genre, ni élément, ni mode : dans le raisonnement de Ptolémée, ils ne se voient pas. Le quinconce est reconnu plus tard, sous d’autres noms, et son interprétation n’a jamais été stabilisée.
Quelle tolérance en degrés faut-il appliquer ?
Il n’existe pas de réponse unique, parce qu’il n’existe pas de source unique : les tables anciennes donnent une marge par planète, les manuels récents une marge par aspect, et les valeurs diffèrent du simple au double. Un auteur qui ne dit pas d’où vient sa table laisse son lecteur sans point de comparaison.
D’autres pages d’ici Le Soleil et Uranus en aspect favorable · Aspect Vénus-Pluton